Qui va connecter votre TV en 2011 ?

De retour d’un voyage à Paris pour assister à la conférence LeWeb’10, je me rends compte que les offres et surtout les stratégies pour connecter la TV à Internet sont très différentes des deux côtés de l’Atlantique.

Depuis une décennie — et sous la pression de Free, les opérateurs Internet en France offrent un boîtier d’accès qui s’est au fil du temps transformé en centre multimédia haut de gamme. Il suffit de lire la description de la nouvelle Freebox Revolution pour s’en convaincre : WiFi, lecteur Blueray, enregistreur numérique, télécommande avec gyroscope et un accéléromètre, jeux vidéo 3D, support de 8 téléphones DEC, NAS, navigateur Web… La liste est trop longue, mais vous aurez compris que nous sommes sur une autre planète.

En Amérique du Nord, les câblos-opérateur jouent le service minimum avec des boîtiers d’accès qui offrent au mieux un enregistreur numérique HD. Par contre, le vide des fonctions a rapidement été remplacé par des offres de compagnies tierces comme Tivo, Boxee, Roku, Apple TV et maintenant Google TV. Toutes les grandes consoles de jeux offrent également des fonctions d’accès multimédia pour la télévision.

Les deux cultures de la TV connectée

Les deux approches du marché Internet/TV en Europe et en Amérique du Nord sont très culturelles. Si je devais comparer avec les doctrines politiques de ces deux régions, il y a d’un côté des pays interventionnistes — c’est à dire avec des offres complètes à la Freebox, et de l’autre côté le libre marché avec des services qui se rajoute par dessus.

Avec l’annonce de Xcalibur, Comcast — premier câblo-opérateur aux États-Unis, semblent vouloir imiter les fournisseurs Internet français. Sentant que les Google TV de ce monde risquent de lui prendre des parts de marchés sur la vente et location de vidéo, Comcast va lancer sa boîte magique — nom de code Xcalibur, qui devrait offrir un navigateur Internet et l’accès aux vidéo en ligne.

Gageons que Xcalibur mettra de l’avant les contenus vidéo de NBC, que Comcast possède et au risque de s’attirer la foudre de la FCC, et sera complémentaire de son service Xfinity et son application pour iPad qui laisse entrevoir l’ère du 2e écran (second screen) et de la Social TV.

Pourquoi veulent-ils connecter notre TV ?

La bataille pour connecter notre téléviseur semble bien engagée. Derrière cette abondance de matériel se cache un marché de plusieurs milliards de dollars de vidéos à la demande.

C’est également une richesse de données pour tous ceux qui veulent cibler ces consommateurs qui restent accrocher à leur téléviseur plus de 3h par jour. En connaissant précisément les programmes TV et les sites Web que l’on consulte, les câblos seraient capables de vendre à un très bon prix de la publicité hyper-personnalisée.

Cependant, le manque de standard risque de ne pas rassurer les annonceurs TV qui sont habitués à travailler avec le même type de données depuis 50 ans : les fameuses cotes d’écoute prises sur un panel de quelques centaines ou milliers de téléspectateurs. C’est à ce moment-là que j’interviens avec SeeVibes ! Je vous en donne des nouvelles très bientôt 😉

Comcast achète NBC: La neutralité du Net est à vendre

Comcast achète NBC: La neutralité du Net est à vendre

Comcast, le premier fournisseur d’accès par câble aux États-Unis, vient d’annoncer son intention d’acheter NBC avec General Electric, l’un des plus grands réseaux de télévision américains. En réaction, Free Press et la Fédération Américaine des Consommateurs viennent de déposer une plainte au nom de la saine concurrence du marché de la distribution de vidéo.

Cette position dominante risque en effet de faire augmenter les tarifs et de réduire l’innovation. Imaginez un peu un monde sans Firefox, on en serait encore à utiliser Internet Explorer 5 (Argh!).

Plus largement, c’est la neutralité du Net (Net neutrality) qui est en question. Étant donné que Comcast possède les tuyaux qui distribuent la vidéo en ligne, il leur sera facile de privilégié le contenu de NBC au détriment de ses concurrents. L’inverse est également vrai, si vous souhaitez visionner NBC, vous l’aurez plus rapidement si vous passez par Comcast que par un fournisseur adverse.

Washington devrait avoir son mot à dire sur ce rapprochement tentaculaire. Laisseront-ils faire, au nom de la liberté du marché?

Enfin un modèle d’affaires payant pour la vidéo Internet ?

Internet TVAlors que les câblodistributeurs défendent bec et ongle leur poule aux d’or, le Web grignote inexorablement des parts de marché à la télévision conventionnelle. Si les consommateurs du petit écran sont prêts à débourser mensuellement plusieurs dizaines de dollars pour leur programmes favoris, auront-ils le même réflexe payant pour regarder de la vidéo par Internet ? Une récente étude de The Diffusion Group tend à dire que oui.

Avant tout, il faut préciser que je parle de contenu vidéo que l’on retrouve habituellement à la TV, séries, émissions ou films, en opposition au contenu généré par l’utilisateur (UGC) qui représente plus de 90% du Web.

Selon l’étude de TDG, les résultats sont plus que probants :

* 48% sont prêts à dépenser jusqu’à 10$ en plus de leur abonnement TV mensuel
* 12% payeraient jusqu’à 15$ par mois
* 7% dépenseraient 20$ et plus par mois.

TDG estime que 29% des abonnées à Internet par le câble sont prêts à dépenser 10$ en plus par mois pour avoir le plaisir de regarder la TV sur leur ordinateur. Pour Comcast, qui a 4,35 millions d’abonnés Internet et qui est très intéressait par le sujet, ça représente plus d’un demi-milliard de dollars de revenu supplémentaire par an.

Ces chiffres sont d’autant plus impressionnants, que l’étude portait uniquement sur l’écoute de vidéo par Internet sur un PC. Imaginez si l’on précisait que la TV sur Inernet peut-être regardé sur son téléviseur dans le confort du salon. Ce qui est déjà le cas avec les “set-top box” comme l’AppleTV, XBox et SlingBox, et devrait être généralisé avec l’arrivée de TV connectée à Internet.

Nous avons finalement la réponse à la fameuse question du modèle d’affaires de la vidéo en ligne que tant de personnes se posaient lors de la conférence Montréal Web Vidéo et lors de la rencontre de l’Alliance Internet. Jean-Martin Desmarais l’avait dit à la blague, ou pas, lors du panel de discussion «Je demanderais ma propre licence de distributeur sur le Net pour ChezJules.tv».

Mais, une licence a-t-elle vraiment du sens ? La toile n’a pas de frontière, et mis à part la mise en place d’un Internet à deux vitesses, je ne vois pas qui pourrait nous empêcher de créer notre propre réseau de distribution. Il n’est pas si loin le temps où chacun pourra créer son SuperClubVideotron.TV.